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S.

Sophie fixait la statue de la liberté, une brise glacée soufflait sur son visage mais elle restait là comme fascinée par la statue de bronze.

 

Les souvenirs d’une enfance heureuse, de dimanches plein de rires et de tendresse avec ses amis lui revinrent.

 

Ses yeux verts se voilèrent de larmes contenues et sa gorge se serra.

 

Ce n’était pas cette nostalgie là qu’elle était venue retrouver ici.

 

Mais malgré elle, les images se succédèrent dans sa tête :

Celle de sa mère l’aidant à se relever de sa chute de vélo à six ans, celle de ce petit garçon dont elle avait oublié le nom mais qu’elle avait tant aimé du haut de ses dix ans.

 

Celle de ses premiers émois et des baisers suivi de déceptions.

Celle de son premier amant qui l’avait abandonné dans une fête après un quart d’heure d’amour.

 

Celle enfin de son âme sœur rencontrée à vingt-trois ans lorsqu’elle ne croyait plus en rien.

 

Cette dernière image se figea en elle, lui crispant le cœur.

 

Ces deux dernières années avaient-elles juste été un rêve, un sommeil trop long ?

 

Bien sûr il y avait eu une vie avant mais que vaudrait une vie après ?

 

Les questions se bousculaient en elle, les réponses restant désespérément masquées par le doute.

Où était le mal ?

 

Pourquoi tant d’incompréhension?

Jusqu’ici elle ne s’était jamais demandé quel regard ou plutôt quel jugement tous ses gens pouvaient avoir.

 

Elle pensait à ses yeux, si tendres au premier abord, à son trouble à elle.

Deux prunelles d’azur l’avait faite femme en un instant.

 

Elle n’était plus cette jeune fille timide et discrète, elle était devenue l’objet de la convoitise d’un autre être.

 

 

Bien sûr rien n’avait été simple, il y avait tant d’obstacles.

 

 

Les surmonter lui semblait impossible à l’époque, mais l’envie….non, le besoin de sentir cette chaleur qui irradiait de l’autre….

 

C’était ça qui l’avait aidée.

Maladroite, affolée, souvent inquiète, elle pensait ne jamais arriver au bout.

 

 

Et puis un soir, son univers avait basculé, le temps d’une minute ou d’une éternité, les lèvres charnues s’étaient doucement posées en un chaste baiser.

 

 

Son cœur battait à tout rompre, elle avait cru suffoquer.

 

 

Ses joues s’étaient empourprées, et le regard de l’autre était devenu des flammes prêtes à la consumer.

 

 

Elle, pourtant timide, n’avait pu résister et s’était précipitée sans réfléchir à l’assaut pour rendre la pareille dans un échange passionné.

 

 

Tout de suite après la gêne, un rire franc, et le sien elle s’en souvient était embarrassé.

 

 

Des premiers coups de fil, une crise d’adolescence à vingt-cinq ans, enfermée dans sa chambre, guettant le sommeil de sa colocataire.

 

Elle l’appelait en cachette, murmurant sa passion, lui évoquant déjà ses ambitions et faisant des projets pour les week-ends futurs.

 

Deux ans de bonheur et de rires, deux années sans nuages où les seuls soupirs étaient de plaisir.

 

Sophie pleurait sans s’en apercevoir, peut-être était-ce le vent, peut-être était-ce le chagrin.

 

Comme ce matin de décembre, à la sortie d’un examen, où l’amour de sa vie lui annonça que c’était la fin.

 

La fin ce fut la fuite, ce fut la rage, ce fut ces appels auxquels elle ne répondit pas. Il n’y eut pas de scandale, pas de bruit.

 

Sophie s’enferma dans un monde sans images….

Elle a essayé de l’oublier, a multiplié les aventures avec des ratés, a essayé de se détruire et puis est partie voyager.

 

Eprise de vie, éprise d’amour elle est revenue, elle voulait tout recommencer.

 

Mais malade et abandonnée, Clara ne l’a pas attendue, et en sautant d’un pont elle est partie.

 

Sophie est sous ce pont, elle regarde les premières lueurs de l’aube, elle y cherche le reflet de son amour perdu, ses larmes sont emportées par le vent et elle songe à cette statue de bronze qui lui indique la lumière de la vie lui semble-t-il.

 

Elle se lève, frissonnante et sourit à un couple de personnes âgées qui vient assister au lever du soleil.

Credits
Texte protégé à la SGDL - Toute reproduction et modification interdite sans accord de l’auteurTexte de Jonathan Timmiah - Estory : S© 2010 - @rkprod / ® JmT Productions et Division 8 pour ZESITE
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