Nuff Said (Chapitre 1)

A quel moment est-on hors de chez soi hors de ce monde hors de soi-même?
Sans doute lorsqu’on introduit la clé dans la porte d’entrée et que cette odeur qui nous est si familière ne vient plus chatouiller nos narines.

Depuis quand ma maison sent l’odeur de la chambre d’hôtel ?

A Marrakech, à Barcelone, A Londres, A Bruxelles, toutes les odeurs se ressemblent.

L’espace est plus grand ou plus petit la décoration varie, la température aussi.

Seule la solitude glacée reste immuable.

Après une soirée au milieu de cette foule délirante, de ses mains qui voulaient s’agripper, m’arracher, de ces yeux qui brillaient d’extase et de bonheur, de ses corps qui tremblaient d’émotion, de ses cris qui hurlaient de désir et de folie, que reste-il sinon cette chambre d’hôtel qui est mon chez moi le plus clair de l’année quand ce n’est pas un studio où je dors dans l’inconfort d’un coin mes yeux se fermant sur d’énormes tables de mixage.

Je mentirais en disant que je n’ai jamais voulu de cette vie-là.

La vitrine, la façade, l’apparat clinquant de cette vie de star sollicitée et admiré de tous n’a jamais été un rêve pour autant.

Pas même un espoir.

Simplement et froidement un but.

Je n’ai jamais vraiment cru à mon talent, j’ai laissé la foi aux autres, me contentant du personnage du martyr.

Ayant accepté très tôt le caractère moyen aussi bien de mon physique que de mon intelligence, je me suis créée un personnage torturé et mystérieux presque à mon insu.
Souriant peu, parlant peu, me montrant peu, du garçon étrange je suis devenu le génie incompris écrivant durant les contrôles de français des poèmes tragiques qui devinrent mes premières chansons.

Passée la dure période de l’adolescence rejeté par tous et côtoyé par des gens encore plus bizarres et solitaires que moi je finis par prendre la tête d’un premier groupe de pré-ados passionné de musique en apparence, mais surtout désireux de perdre leur virginité en paraissant cool aux yeux des filles naïves infoutus de considérer qu’on ne passait pas des week-end à soigner les accords d’une reprise romantique pour le seul loisir de flatter leurs égos.

Au moment de la question du choix d’une vocation d’un métier ou plus simplement d’études supérieures, la réalité nous rattrape et nous pince les joues pour bien nous rappeler qu’avoir une voix agréable et savoir jouer de la guitare ne fera pas de nous les nouveaux papes du Grunge façon Nirvana.

De toutes façons la rock star décadente romantique destructrice ça n’amuse même plus les anglais.

Aujourd’hui on veut tous être Bono de U2 : super capital sympathie, superbe illusion de l’engagement humanitaire de chaque instant, Milliardaire calculateur ayant investi dans des groupements d’investissements hyper-capitalistes et évadé fiscal au badge néerlandais.

Je me demande s’il pense à ses actions en Bourse quand il dénonce l’inégalité des richesses dans le monde.

Un jour il faudra que je me renseigne pour savoir si je peux investir dans une chaîne de fastfood tiens.

Après tout je commence à me faire des amis chez les enfoirés, à défaut de Kurt Cobain devenir le nouveau Bono doit être jouissif.

Mon producteur raconte à tout le monde qu’il m’a découvert sur Internet.

En réalité c’est plutôt la copine de sa fille de vingt-deux ans qui m’a découvert par ce biais.

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