Joker : Very Different Trip


Le Joker un clown pas triste et maître du jeu ?

Le personnage du Joker, un des plus emblématiques antagonistes des comics de super-héros, ennemi notoire de Batman est apparu en 1940.

Suivant la popularité sans faille du chevalier noir de Gotham City il a systématiquement été confronté aux justiciers dans les sérials des années 40 et dans la célèbre série télévisée portée par Adam West.

Mais ses lettres de noblesse il les acquiert dans les comics dans des romans graphiques devenus cultes, qui reviennent notamment sur ses origines et sur sa relation avec Batman et son entourage.

Au cinéma Joaquin Phoenix reprend ce personnage dans un film inattendu déconnecté de l’univers habituel des personnages iconiques DC Comics (Superman, Batman, Justice League, Wonder Woman, Shazam, Aquaman.) afin d’explorer le récit d’un homme qui bascule dans la folie bien des années avant même que Bruce Wayne ne songe à enfiler une cape.


Le Phoenix des hôtes de ce masque?

Derrière la caméra et au scénario on retrouve Todd Philipps qui s’est fait connaître principalement avec la trilogie « Very Bad Trip » tandis que devant outre l’inoubliable interprète de Commode (dans Gladiator de Ridley Scott) Robert de Niro et Zazie Beetz apportent leur grain de sel.

Succédant sur le grand écran à Jack Nicholson, Heath Ledger et Jared Leto, l’acteur américain se révèle toujours aussi exigeant dans son interprétation rappelant par certains aspects le talent d’un certain Daniel Day Lewis. Robert de Niro perdu depuis de nombreuses années dans des productions peu inspirées semble retrouver le temps de ce rôle l’engagement qui était le sien dans ses jeunes années et qui ont fait de lui une légende du cinéma.

Si naturellement de nombreuses références à ses propres films étaye Joker (on pensera forcément à Taxi Driver et à la Valse des Pantins), la réalisation de Phillips résolument tourné vers une atmosphère entre les années 70 et 80 contribue également à donner à l’ensemble un cachet particulier.

Si le personnage du Joker est emblématique même dans les comics la question de sa véritable identité reste un mystère, et le choix du nom d’Arthur Fleck pour cette incarnation s’avère finalement assez anecdotique au fur et à mesure que l’intrigue avance et que le spectateur se retrouve impliqué dans le parcours de cet humoriste malade qui travaille dans un costume de clown et qui vit avec sa mère.

La temporalité choisie dans le scénario permet d’éviter l’écueil redondant d’un affrontement manichéen entre Batman (Bruce Wayne n’est qu’un enfant qui a encore ses deux parents) et le Joker.

On se concentre donc sur la lente déchéance de cet être atypique qui souffre déjà de problèmes psychologiques aggravés mais qui tente malgré tout d’interagir avec les autres malgré son inadaptation sociale.

On en vient à se prendre d’empathie et de pitié pour le clown persécuté et rejeté par tous qui se réfugie dans l’intérêt de quelques collègues moqueurs et de sa mère déconnectée du réel pour maintenir un semblant d’existence alors que la ville de Gotham connaît une crise sociale forte.


Arthur Fleck : Joker anarchiste?

Il est intéressant de remarquer que les médias prêtent à cette vision du Joker la personnalité beaucoup plus assumée et radicale qu’avait celle de Nolan pour le Joker de The Dark Knight qui rejetait le capitalisme et organisait volontairement le chaos visant l’anarchie la plus totale.

Arthur Fleck, le Joker de Todd Phillips, suit son propre parcours sans réellement porter attention à celui des autres et dériver vers une personnalité toujours plus insouciante et inconsciente qui agit en réaction.

Il est dans un premier temps une victime de son entourage, incapable de comprendre tout ce qui lui arrive et subissant l’agressivité et la moquerie des autres, en se consolant sur un espoir de reconnaissance pour le génie comique qu’il pense avoir.

Fasciné par un programme télévisé et par l’humour de son animateur qui semble lui prêter attention et par l’intérêt de sa jeune voisine de palier il tente tant bien que mal de résister à ses douloureuses pulsions et masque sa douleur derrière un rôle de clown pour faire rire encore plus les gens.

Mais la prise de conscience du rejet et du mensonge qui l’affligent vont l’amener à des actes de violence et à assumer une confiance nouvelle qui l’amèneront à jouer de son image et vouloir l’assumer pleinement.

Malgré tout le film qui est un véritable film d’auteur échaudera peut-être celles et ceux qui s’attendaient à retrouver une itération démente et machiavélique du personnage. La violence du film n’est pas aussi graphique que ce que le classement R-Rated (interdit aux mineurs non accompagnés aux Etats-Unis) aurait pu laisser supposer.

Pareillement, si le film expose en filigrane et en arrière plan une révolte sociale dans son propos, pour autant c’est davantage un outil scénaristique qu’un véritable manifeste tant la psychologie d’Arthur est au centre du récit.

On est aussi éloigné du Joker de Nolan que du Mr Robot de Sam Smail beaucoup plus clairement incitatif.

D’autant plus que, comme souvent avec ce personnage, le réalisateur laisse une grande place à l’imagination du spectateur.

Le paradoxe de certaines situations vécues par l’anti-héros laisse en effet à penser que certains évènements sont juste le fruit de son imagination.


Une récompense pour le méchant? Joker !

Un temps envisagé pour incarner le sorcier suprême (Doctor Strange) pour Marvel Studios, Joaquin Phoenix trouve dans le Joker une incarnation à la hauteur de son talent et de son goût pour la complexité à l’instar d’un Christian Bale.

Si pour beaucoup l’interprétation de Heath Ledger récipiendaire d’un oscar à titre posthume pour « Batman : The Dark Knight » reste inégalée, on évoque pourtant déjà une récompense similaire pour Joaquin Phoenix, ce qui serait inédit (avoir deux oscars du meilleur acteur pour un même personnage).

Le Joker de Todd Philipps est pourtant très différent mais plus raccord avec le personnage de comics que la version ultra-moderne présentée par un Jared Leto en surjeu dans Suicide Squad qui semble déjà oublié.

Il est difficile à ce stade de savoir si une suite sera envisagée pour le duo Phoenix-Phillips sur ce personnage mais en tant qu’objet cinématographique cela reste une vraie réussite pour les amateurs dans la veine d’un “Birdman” avec un peu de “Requiem For a Dream” et de “American Psycho” (à noter que tous ces films ont en commun d’avoir eu des acteurs qui ont joué dans des films liés à Batman..)

En clair si vous cherchez une suite au Batman de Nolan ou un film de super héros fuyez le Joker de Todd Philipps, si vous aimez le cinéma d’auteur des années 70 et 80 foncez voir Joker.


Joker : Souriez ! ( A lire à voir)


Bien que notre site soit totalement Team Marvel , il est essentiel si vous êtes amateurs de comics ou simplement curieux et que désiriez en savoir plus sur le personnage du Joker de vous procurer en librairie (Urban Comics) l’album devenu culte : Batman : The Killing Joke écrit par Alan Moore ( From Hell, La Ligue des Gentlemen Extraordinaire, V Pour Vendetta, Watchmen etc…) et dessinée par Brian Bolland (Judge Dredd, Animal Man, Wonder Woman etc…).

On y raconte une origine possible du personnage du Joker qui aurait été créée involontairement par Batman lui-même lorsqu’un comique de cabaret devenu criminel par la force des choses se fait surprendre par le chevalier noir et finit dans une cuve d’acide basculant dans la folie et provoquant le chevalier noir des années plus tard en s’échappant de l’asile d’Arkham en s’en prenant à son entourage.

Comme souvent avec le scénariste Alan Moore le récit est prenant et détaillé et explore d’une façon intéressante la relation entre Batman et son pire ennemi. Au passage cela relance le débat qui est de se demander si les super criminels existeraient si il n’y avait pas de super héros?

Sans aller jusqu’à influencer de façon concrète le film Joker de Todd Philipps, il reste indéniable que les adaptations cinéma du personnage sont en partie inspirées du Joker de cet album qui a aussi eu les honneurs d’une adaptation en dessin animé.

Credits
Fan art by arko chakrabortyImages et vidéos du film Joker © 2019 - Warner Bros Le Joker est un personnage DC Comics ©dc comicsBatman, Superman, Suicide Squad, Aquaman, Wonder Woman, Justice League sont des propriétés DC COMICS © 2019 DC COMICSSuicide Squad © Warner BrosTaxi Driver ©1976 Columbia PicturesLa Valse des Pantins © 1983 20th Century FoxBatman : The Dark Knight ©2008 - Warner Bros

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